Réflexions de m i-semaine n° 18 – 08/04/2026 (French)

Comment faire face à la corruption ?

Par Malini Shankar

Digital Discourse Foundation

En Inde, nous sommes souvent confrontés à des situations où notre travail — voire notre vie — dépend de l'obtention d'un service de la part de l'État. En Inde, comme dans de nombreux autres pays tels que le Japon, la Corée ou Israël, les citoyens se heurtent à la réticence des organismes d'État, faute d'avoir versé un pot-de-vin. La corruption et le versement de pots-de-vin se sont propagés à toutes les strates de la société, touchant aussi bien les législateurs que les secteurs associatif et éducatif.

Pour ma part, je refuse catégoriquement de verser le moindre pot-de-vin, quitte à subir des retards ou une perte de revenus. Ma famille et mes proches m'ont souvent reproché ce « snobisme éthique » intransigeant, me tournant même en dérision pour ma prétendue naïveté. Après tout, n'est-il pas triste de voir des personnes instruites et érudites — occupant les échelons supérieurs de la société — s'abaisser à verser des pots-de-vin pour faire avancer leurs dossiers ?

Dans l'article de blog d'aujourd'hui, j'aborde la lutte contre la corruption d'un point de vue personnel. Ma tolérance à la corruption, aux pots-de-vin et aux « paiements d'accélération » étant strictement nulle, cette option n'existe tout simplement pas pour moi. Et je suis très heureuse de pouvoir affirmer que je possède un dossier immaculé : je n'ai jamais, au grand jamais, versé le moindre pot-de-vin. Je n'ai jamais payé pour l'enregistrement d'un document, pour l'attribution d'un terrain par la BDA (l'autorité de développement urbain) ni pour son enregistrement officiel ; je n'ai pas payé non plus pour l'approbation des plans de construction de ma maison, pour le raccordement temporaire à l'électricité et aux sanitaires durant les travaux, pour l'obtention du certificat de conformité (ou d'occupation), ni même pour ma carte d'invalidité (à ce sujet, j'ai d'ailleurs refusé un rendez-vous privilégié au bureau du médecin-chef de district, préférant faire la queue comme tout le monde à l'hôpital public pour faire évaluer mon taux d'invalidité). Enfin, j'ai obtenu ma notification de pension d'invalidité sans avoir à débourser un sou. Je suis extrêmement fière de pouvoir le dire : toutes ces démarches ont été accomplies sans verser le moindre pot-de-vin. J'ai toutefois failli voir un contrat — signé avec un organisme gouvernemental — être résilié le jour où l'on m'a fait comprendre, par des allusions voilées, qu'il faudrait verser un pot-de-vin pour débloquer les fonds budgétaires.

Cependant, la semaine dernière, j'ai été prise de court par un agent de la compagnie locale d'électricité alors que je sollicitais un raccordement permanent au réseau électrique. Je l'avais appelé pour l'informer que ma demande en ligne avait bien été soumise, après avoir réglé les frais de dossier requis par voie électronique. Je lui ai demandé d'assurer le suivi de ma demande et de m'accorder le raccordement électrique permanent dans les meilleurs délais, étant donné que tous les documents requis avaient été soumis. Il m'a alors répondu — et je le cite : « Madame, pourquoi avez-vous réglé les frais en ligne ? Vous avez sollicité une alimentation électrique de 3 kV, ce qui s'avérera insuffisant ; vous auriez dû me consulter, je vous aurais conseillée sur la meilleure marche à suivre pour obtenir l'offre la plus avantageuse si vous n'aviez pas déjà réglé les frais. À présent, vous allez devoir déposer une nouvelle demande pour obtenir une puissance supplémentaire. De plus, vous devrez soumettre toute une série de documents en version papier, par l'intermédiaire d'un entrepreneur agréé, munis de son cachet et de sa signature. Il faudra bien entendu le rémunérer pour ses services. »

Mais comment et où peut-on enrayer cette dérive gangreneuse ? À mon sens, tout commence par nous-mêmes. Je pense que si l'on prend la peine de consacrer un peu de temps à se renseigner sur les documents requis, il est possible de soumettre l'ensemble du dossier dès le premier envoi, sans qu'il ne soit incomplet. Et si tous les documents sont en règle, la marge de manœuvre de l'agent, du chargé de dossier ou du fonctionnaire pour exiger un pot-de-vin s'en trouve considérablement réduite. Toutefois, même lorsque tous les documents sont en place, les dossiers n'avancent pas sans le versement d'un dessous-de-table. Tel est l'impact cumulatif de la corruption sur les segments non corrompus de la société. Il faut avoir la force de caractère nécessaire pour patienter un laps de temps raisonnable. Si cette approche ne porte pas ses fruits, allez trouver l'agent et dites-lui, sur un ton doux et courtois, que vous consignez par écrit l'intégralité des faits ; mieux encore, envoyez-lui un rappel écrit par courrier recommandé avec accusé de réception. Après deux rappels écrits, les fonctionnaires se mettent immédiatement sur leurs gardes. Pour ma part, je dis aux agents droit dans les yeux que je ne verserai de pot-de-vin à personne ! Je peux me permettre cette franchise car j'ai l'assurance que mon dossier administratif est irréprochable. Je me souviens d'un Commissaire aux impôts sur les ventes qui avait un jour donné instruction à son personnel de cesser de me harceler pour obtenir un dessous-de-table, au motif que mon « dossier » était parfait !

J'ai désormais pris contact avec un entrepreneur agréé pour déposer la demande de raccordement électrique. Je l'ai informé que j'aurais besoin d'une copie de sa licence et de sa carte d'identité (carte Aadhar), ainsi que de son adresse personnelle ; je lui ai également signifié que je lui ferais signer une déclaration sous serment — à faire authentifier par un notaire — par laquelle il s'engagerait par écrit à n'avoir versé aucun pot-de-vin pour obtenir l'octroi de mon raccordement électrique. Le respect et la puissance de l'écrit, tout comme la crainte de la loi, conservent encore toute leur valeur en Inde.

À mon sens, il s'agit là d'un moyen efficace de venir à bout de la tyrannie exercée par les entrepreneurs agréés et les fonctionnaires corrompus. Prenez la décision délibérée de céder à la facilité en recourant à la corruption. Ce faisant, vous rendrez un immense service à la nation.

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